Densité médicale : la Corse peut-elle faire mieux ?
Soumise à un effet de seuil, la couverture médicale en Corse n’échappe ni plus ni moins à la tendance générale, le nombre de médecins peinant partout en France à répondre aux besoins. Une fatalité ?

Position médiane de la Corse
À l’échelle des statistiques, avec 321 médecins pour 100 000 habitants, contre 347 au niveau national, la Corse ne se situe pas en marge. « On est en dessous de la moyenne française, mais l’écart est contenu », souligne Bruno Manzi, président du Conseil départemental de l’Ordre des médecins de Haute-Corse. Cette donnée bat en brèche l’image d’une île particulièrement sous-dotée.
Effet de taille
La Corse s’inscrit donc bien dans le contexte plus large d’une offre de soins tendue. « La spécificité de notre région tient plutôt à la loi des petits nombres, précise le docteur Bruno Manzi. Sur un territoire faiblement peuplé, la moindre variation pèse lourd. Le départ à la retraite ou l’arrêt d’activité d’un seul spécialiste peut désorganiser toute une filière, tandis qu’une installation isolée suffit parfois à la stabiliser durablement. La situation est donc mouvante et la vérité d’aujourd’hui ne correspondra pas forcément à celle de demain. »
Spécialités sous tension
Au quotidien, le parcours de soins est pourtant ressenti par les populations comme un vrai parcours du combattant. « Quasiment toutes les spécialités sont impactées par un manque de praticiens », reconnaît Bruno Manzi qui cite en tête, ORL, dermatologie, rhumatologie, neurologie, gastro-entérologie et pneumologie. Il en résulte un allongement considérable des délais de rendez-vous. Pour autant, dans l’île, où tout le monde se connaît, lorsqu’il y a urgence, un médecin ne laisse pas de patient sans solution. Il appelle aussitôt un de ses confrères. »
Déplacements contraints ?
Les départs sur le continent ne témoignent pas davantage d’une défaillance locale. « Il y aura toujours des domaines où l’on aura besoin d’aller chercher l’avis d’experts au-delà de nos terres, notamment en cancérologie ou en chirurgie cardiaque », insiste le médecin. Ces mobilités relèvent souvent de parcours de soins spécialisés, comparables à ceux observés entre villes moyennes continentales et grands centres hospitaliers.
Pyramide des âges
Reste que plus de 30 % de nos médecins ont dépassé les 60 ans. « Nous sommes dans un creux générationnel d’au moins cinq ans », alerte Bruno Manzi. Pour le combler, il faut d’abord une politique de santé adaptée, qui ne cherche pas à réduire le nombre de médecins pour réduire la consommation de soins. Et agir sur d’autres leviers : favoriser le maintien en activité des médecins seniors, développer, pour les jeunes étudiants en médecine, des postes d’assistants partagés avec les CHU du continent, encourager les cabinets multisites et renforcer la télé-expertise, notamment en dermatologie. Ceci en attendant la structuration progressive d’un cursus universitaire complet en médecine et la création d’un CHU dans notre région. »


