Voyager cet été en toute sécurité

Que vous ayez un diabète, de l’asthme, un trouble cardiaque ou une insuffisance rénale, vous pouvez voyager cet été en toute sécurité en anticipant le déplacement avec votre médecin.

Par Eva Mattei, Vanessa Pageot-Françoise
Publié le 2 juin 2026 à 08:00
©Freepik

Anticiper son voyage avec une maladie chronique

Maria attendait le mariage de son fils depuis longtemps, et ce n’était pas sa dialyse bihebdomadaire qui allait l’en priver. L’année dernière, elle s’est organisée deux mois à l’avance pour planifier sa prise en charge en Roumanie, d’où est originaire sa belle-fille. « J’ai dû trouver un centre d’hémodialyse local. Heureusement, ma belle-fille et sa famille m’ont aidée pour toutes les démarches. J’ai pu être présente à la cérémonie et aux festivités, cela n’avait pas de prix », témoigne-t-elle.

En France, 24 millions de personnes vivent avec une maladie chronique. En Corse, 16,5 % de la population entre 18 et 79 ans vit avec une maladie chronique dont 21,3 % avec une hypertension artérielle (la moyenne nationale est de 22 %) et 8,4 % avec un diabète (moyenne de 7,1 % au niveau national).

En France, 24 millions de personnes vivent avec une maladie chronique. En Corse, 16,5 % de la population entre 18 et 79 ans vit avec une maladie chronique dont 21,3 % avec une hypertension artérielle (la moyenne nationale est de 22 %) et 8,4 % avec un diabète (moyenne de 7,1 % au niveau national). « La maladie n’empêche pas le voyage !, souligne le docteur Augustin Vallet, médecin généraliste à Bastelicaccia et secrétaire général de l’URPS Médecins libéraux de Corse. Simplement, elle nécessite de préparer davantage son périple afin de ne prendre aucun risque et d’en profiter en toute sérénité. »

Si les prises en charge complexes, comme dans le cas de Maria ou dans le suivi d’une chimiothérapie, se préparent le plus en amont possible, une consultation chez son médecin traitant un mois avant la date de départ est suffisante dans la plupart des cas. Cela permet d’effectuer les vaccinations et de mettre en place les traitements de prévention contre le paludisme, par exemple. « Et c’est valable pour tout le monde, pas uniquement pour les patients suivis pour une maladie chronique », précise le docteur Augustin Vallet.

Quels médicaments passent la douane ?

En cas de maladie chronique, les médicaments font souvent partie de la routine. Selon le mode de transport et la destination choisie, quelques précautions sont d’usage. « Il est important de consulter la notice de chaque médicament afin de vérifier les modalités de conservation, au risque d’en altérer les effets et leur efficacité », stipule le médecin généraliste de Bastelicaccia. Les médicaments n’aiment pas être stockés dans un endroit trop chaud (évitez de les laisser dans la boîte à gants de la voiture) ni trop humide. Sinon, les précautions sont les mêmes que dans la vie quotidienne. « Si le patient suit un traitement photosensibilisant, il lui faut ainsi : écran total indice 50, t-shirt manches longues, pantalon, chapeau, lunettes et éviter le créneau 11 heures-15 heures… », rappelle le docteur Vallet.

« Il est nécessaire d’avoir son ordonnance imprimée avec soi, surtout pour les médicaments de la liste I (cadre rouge sur la boîte). Il s’agit des médicaments nécessitant un suivi médical et dont les effets indésirables potentiels sont plus graves. »

— Augustin Vallet, secrétaire général de l’URPS Médecins libéraux de Corse

En revanche, un voyage en avion requiert un peu plus d’organisation. Il est conseillé de transporter ses médicaments avec leur emballage d’origine et de répartir les médicaments entre le bagage à main et la valise. « Il est nécessaire d’avoir son ordonnance imprimée avec soi, surtout pour les médicaments de la liste I (cadre rouge sur la boîte). Il s’agit des médicaments nécessitant un suivi médical et dont les effets indésirables potentiels sont plus graves », ajoute le secrétaire général de l’URPS Médecins libéraux de Corse.

Il recommande d’avoir également une ordonnance en DCI (dénomination commune internationale). C’est le nom scientifique connu au niveau international d’un médicament correspondant au principe actif qui le compose. « Cela permet d’unifier les appellations des médicaments dans tous les pays du monde. De cette façon, même à l’étranger, une ordonnance en DCI est lisible par les locaux puisque le nom du médicament est basé sur le principe actif, et non plus sur une marque en particulier », explique le docteur Vallet. Le médecin traitant ou le médecin spécialiste a l’habitude de rédiger de telles ordonnances.

« Autre point important, il faut vérifier les conditions d’entrée avec des médicaments dans le pays visité, continue le praticien de Bastelicaccia. La Thaïlande, destination très touristique, a par exemple publié en 2024 un règlement selon lequel les voyageurs suivant un traitement doivent demander l’autorisation de transporter des médicaments classés comme stupéfiants à des fins personnelles, conformément à une prescription médicale. » Le site de la compagnie aérienne ou le site de l’ambassade de France du pays de destination compile toutes les informations concernant les contrôles de sécurité à l’aéroport, les règles de transport des médicaments et des dispositifs médicaux en cabine.

Variations de pression et diminution de l’oxygène

Si vous prenez un vol moyen ou long courrier, pensez à consulter votre dentiste. Une carie non soignée et indolore au quotidien peut déclencher une vive douleur pendant un trajet en avion à cause des variations de pression. Pour ces mêmes raisons de pression, il est conseillé de porter des chaussettes de compression en cas d’insuffisance veineuse (varice, lourdeur, œdème aux jambes) ou de maladie veineuse chronique. Ces chaussettes (appelées aussi bas de contention) favorisent la circulation du sang, notamment le retour veineux vers le cœur en réduisant le risque de phlébite, caillot de sang qui peut migrer vers les poumons.

L’altitude et la pressurisation de la cabine entraînent également une petite diminution du taux d’oxygène dans le sang. Si cela n’a aucune incidence pour la majorité des voyageurs, cela peut être problématique en cas de troubles cardiaques, d’apnée du sommeil ou de pathologies respiratoires pulmonaires modérées à sévères comme l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). D’ailleurs, les personnes souffrant de BPCO sont encouragées à passer un test d’hypoxie pour savoir si elles ont besoin d’un apport d’oxygène pendant le vol. Les deux services d’exploration fonctionnelle respiratoire des centres hospitaliers de Bastia et d’Ajaccio font passer des tests d’hypoxie sur ordonnance du médecin traitant ou spécialiste.

Anticiper le décalage horaire

©123RF

Une fois arrivé sur le lieu des vacances, quid du décalage horaire pour tous ceux qui prennent un traitement à heure fixe ? Pour conserver l’efficacité des médicaments et ne pas s’exposer à un surdosage, une adaptation est nécessaire en amont. Par exemple, si le pays affiche un décalage horaire de six heures, le futur voyageur décale les prises de deux heures chaque jour, pendant trois jours avant le départ. Si le décalage est de quatre heures, c’est la même chose sur deux jours seulement.

Pour celles et ceux qui ont une prise en charge hospitalière en cours, pour une dialyse ou une chimiothérapie par exemple, voyager est possible en anticipant au maximum. La principale difficulté est de trouver une place dans la structure de soins adéquate. En général, le médecin spécialiste qui suit le patient se renseigne auprès de ses confrères pour réserver une place. L’équipe médicale accueillante vérifie en amont que les modalités de traitement de l’établissement sont compatibles avec le profil de la pathologie.

« Pendant le voyage du patient, nous restons en liaison avec l’équipe locale, explique le docteur Mario Di Palma, oncologue à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif. Le malade ne part jamais sans son dossier médical, un courrier faisant le point sur son état de santé, avec les coordonnées du correspondant local. » Et contrairement aux idées reçues, « dans de nombreux pays, les services médicaux proposés sont très souvent de qualité et l’accès aux soins y est parfois plus facile que ce que l’on aurait pu imaginer », fait remarquer le docteur Vallet.

Faut-il prendre une assurance voyage spécifique ?

Si vous partez en Europe, maladie chronique ou non, la carte européenne d’assurance maladie est gratuite et bien utile. En effet, elle facilite la prise en charge des soins médicaux dans toute l’Union européenne et atteste des droits à l’assurance maladie française pour le remboursement de vos soins sur le lieu de vos vacances. Il suffit de faire la demande sur le site de l’Assurance maladie deux semaines avant la date du voyage.

Certains choisissent de prendre en complément une assurance voyage spécifique en cas de pépins de santé. Mais prudence : ces assurances prévoient des exclusions pour les problèmes de santé préexistants avant le voyage, dont les maladies chroniques. Florence Navattoni, coordinatrice adjointe de Santé info droits, a été interrogée par France assos santé à ce sujet. Elle rapporte : « Nous avons régulièrement des appels de personnes malades qui cherchent des recommandations sur les assurances voyage. Malheureusement, à notre connaissance, toutes les assurances voyage excluent les maladies antérieurement constituées. C’est une discrimination légale qui existe depuis toujours.

Beaucoup de gens malades contractent des assurances voyage sans savoir que s’ils ont un problème lié à leur pathologie sur place, ils n’auront droit à aucune prise en charge par l’assurance. » En revanche, un problème de santé nouveau, comme une fracture liée à une chute, pourra être couvert par l’assurance voyage, avec une possibilité de rapatriement selon les conditions ad hoc. Quoi qu’il en soit, voyager peut avoir un impact très positif sur la santé mentale. « Sortir de la routine contribue à améliorer l’humeur et un simple changement d’environnement peut procurer un sentiment de renouveau et d’énergie », conclut le docteur Augustin Vallet.